Avocat-Député au Grand Conseil

27/02/2017

'Construire pour tous!' ou 'Retour de la guerre du logement!'

Ce vendredi 24 février 2017, le Grand Conseil a voté avec une majorité confortable une motion, contraignante pour le Conseil d'État, afin qu'une partie du périmètre initial des Corbillettes, à Vernier, le long de l'avenue Casaï, soit déclassé en zone ordinaire de construction 3.

C'est une grande première, on n'avait pas vu ça depuis des décennies, et une grande victoire pour le logement genevois.

Nul ne doute que cette première brèche ouverte dans l'édifice de la LGZD, instaurant des zones de développement ou de l'économie immobilière d'État planifiée (expropriation matérielle, contrôle des quantités, des prix et loyers), donnera des idées à bien d'autres communes convaincues, jusqu'alors, que la zone de développement constituait un horizon unique.

Rappelons tout d'abord l'attitude 'fair play' de la gauche (EAG, PS et Verts), farouchement opposée à toute forme de propriété immobilière, ainsi que de leur Ministre du logement, le Conseiller d'État Vert Antonio Hodgers: 'Soit vous ne déclassez que vers de la zone de développement (et vous aurez l'illusion d'un choix possible), soit on dépose une initiative pour vous y contraindre' (IN 162, déposée par la gauche plurielle afin de supprimer toute autre option possible).

C'est là le noble sens même du mot 'liberté' selon nos 'Trotsko' totalitaristes bien aimés.

De quoi s'agit-il?

Il se trouve que le sous-périmètre, le long de l'avenue Casaï, se prête particulièrement bien à l'édification d'immeubles locatifs à destination des classes moyennes.

En effet, ledit sous-périmètre est pour ainsi dire 'prêt à partir' dans la mesure où la maitrise foncière semble acquise (les propriétaires des parcelles concernées sont d'accord de vendre), à condition que le déclassement se fasse vers de la zone ordinaire et non pas vers une zone de développement (contrôle par l'OFL du prix de vente des terrains).

Or, vu la situation du foncier (le long d'une route principale très passante à Vernier), les prix et loyers pratiqués ne seront guère plus élevés que ceux qui auraient été fixés par l'Office du logement pour de la zone de développement.

D'où l'intérêt de déclasser en zone ordinaire.

Au lieu des incontournables 20 à 30 ans nécessaires afin de construire en ZD, 5 à 7 ans suffiront pour construire des centaines de logements si le déclassement s'opère vers de la ZO.

Mais le bon sens n'est pas le fort de la gauche.

Surtout si elle risque d'y perdre des plumes en termes d'électorat.

'Quoi? Plus de liberté et moins d'État?' Même si au détriment du logement, la doctrine étatiste est solidement ancrée, et ce sera NON.

Alors que des millions de m2 sont déjà déclassés en ZD, avec des centaines de victimes parmi les petits propriétaires du canton, sur lesquels aucun logement n'a été construit depuis des décennies, et malgré que la zone des Corbillettes concernée ne représente que le 0,5% de cette surface, sans parler des sinistres zones réservées et autres refus conservatoires, pour la gauche il est exclu de permettre la création accélérée de logements sur de la zone ordinaire.

Question non pas de principe ni de valeurs, mais d'intérêt.

Le problème avec le 'hors la zone de développement, point de salut', est que l'on occulte deux composantes majeures de toute politique du logement responsable, savoir:

1. Nous ne devons pas uniquement construire pour les personnes auxquelles on réserve les différentes catégories de logements prévus dans la LGZD ou LGL, mais il s'agit de pouvoir construire pour tout le monde et pour toutes les catégories de revenus. Cette mixité là, seule la ZO est à même de la réaliser.

2. Vu l'état de nos finances publiques, il est tout à fait irresponsable, pour des raisons politiques, de ne continuer à promouvoir que le logement social, qui coûte, ainsi que le prévoit le CE Antonio Hodgers, et de ne concéder aucun espace pour du logement qui pourrait rapporter en termes de recettes fiscales. Cette politique mènera Genève à la ruine ce d'autant plus rapidement que les ZD projetées ont toutes pour zone de fond de la zone villa d'où proviennent le 80% de nos recettes fiscales au titre de l'imposition des personnes physiques!

Dès lors, la modification de zone vers de la zone ordinaire doit rester une option possible.

Mais selon le CE Antonio Hodgers, 'd'avoir osé', a signé le retour de la 'guerre du logement'.

Selon moi, la gauche n'a jamais cessé de la mener cette guerre et n'a par ailleurs respecté quelque trêve que ce soit.

Mais soyons prudents, je suggère à la majorité de raison de venir armés et casqués pour la prochaine session du Grand Conseil!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

15:43 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |