Avocat-Député au Grand Conseil

07/04/2016

Le Conseiller d'Etat Antonio Hodgers milite contre l'intérêt des locataires...

Dans un article paru dans Le Temps du 26 mars 2016, le Conseiller d'Etat Antonio Hodgers a voulu rassurer son camp:

La victoire historique du 14 juin 2015 du camp qui a oeuvré dans l'intérêt des locataires (adoption par le peuple genevois de la loi 11394 modifiant la LDTR afin d'autoriser la conversion de bureaux en logements) a déstabilisé la gauche dans la mesure où les mots d'ordre des mouvements et partis de gauche n'ont pas été suivis.

La population constituée de 83% de locataires n'a pas été dupe. Elle a parfaitement su analyser la situation: la gauche considérant le pouvoir électoral des locataires comme sa chasse gardée, il en suit que sa prise de position a été purement électoraliste.

Ainsi, pour cette gauche et l'Asloca, une loi qui viendrait soulager la crise du logement, hormis le cadre de l'économie immobilière planifiée par l'Etat, ne doit jamais voir le jour car elle aurait pour effet de diminuer leur pouvoir politique. Or, malgré une opposition acharnée, la loi a été confirmée par 58% de la population genevoise.

Même la ville a approuvé cette loi de bon sens à 51,2%.

En effet, à quoi bon laisser des milliers de bureaux vides, déjà construits, alors que l'on manque de logements, de plus rapidement disponibles?

La position des verts (parti politique de M. Hodgers) était d'autant moins compréhensible que la création de logements s'opérait dans des gabarits déjà construits. Nul besoin d'abattre des arbres ou de déclasser de la zone agricole. Dès lors, sauf à mettre à mal leur alliance avec la gauche plus radicale, il est évident que les verts auraient dû soutenir la loi.

Victoire du bon sens, donc, et gifle pour la gauche.

Mais lorsque l'on se trouve dans le camp des perdants, il ne reste plus qu'à trouver de bonnes explications: la droite aurait disposé de plus de moyens (faux! la gauche a dépensé un montant de campagne équivalant), la droite aurait proféré des mensonges, etc.

M. le Conseiller d'Etat Antonio Hodgers a décidé, quant à lui, de dénigrer les effets et bienfaits du texte voté. C'est ainsi que dans l'article paru dans Le Temps, il est affirmé que seuls 10 logements auraient été convertis à partir de bureaux.

Alors d'une part, c'est déjà mieux que rien (ce qui aurait prévalu si la loi n'avait pas été votée) et d'autre part, il s'agit d'une contre-vérité: la presse a largement fait écho au fait que plus de 80 logements avaient ainsi été crées depuis l'entrée en vigueur de la loi. Annualisé, cela donne bien une manne annuelle supplémentaire de plus de 200 logements. 

Mauvais joueur, le département concerné se réfugie derrière l'art. 1 LCI (loi sur les constructions) pour affirmer que les 70 locaux transformés en logements l'auraient été de manière illicite puisque une demande de changement d'affectation s'imposait.

Dans la mesure où la modification votée constitue une 'loi spéciale', cette interprétation doit être réfutée. Seule une demande d'autorisation de travaux est nécessaire, cas échéant.

C'est avec le même dénigrement que le Conseiller d'Etat s'attaque à la Constitution genevoise qui commande de favoriser l'accès à la propriété par les classes moyennes.

La loi 11408 qui modifie la LDTR sera soumise au peuple le 5 juin prochain. Saluée par la presse, elle autorisera le locataire à se porter acquéreur de son logement avec d'avantage de liberté et de protection. De plus, vu la configuration des taux bas, cela permettra aux locataires de faire des économies de loyer allant parfois au-delà de 50% de leur loyer courant. Sans compter que devenir propriétaire de son logement constitue un besoin premier dans toute société.

La propriété libère le locataire de son propriétaire et acquiert par là un statut pérenne qu'il peut transmettre à ses héritiers. Il cessera enfin de devoir verser des loyers dans le vide. Par ailleurs, le prix de vente au m2 est bloqué à Fr. 6'900.-, soit à un prix inférieur au logement social. Mais lorsque l'on est ministre issu des verts, il faut rendre des comptes à la gauche dont l'avenir politique est en jeu.

En effet, en cas de confirmation de la loi le 5 juin 2016 (référendum), votée par une très large majorité du Grand Conseil, le 13 novembre 2015, la proportion de locataires va évoluer à la faveur de la petite propriété. Le cauchemar de la gauche et de l'Asloca qui vont perdre de ce fait une partie de leur électorat et clients. C'est là l'unique raison qui a poussé Antonio Hodgers à dénigrer un texte qui va pourtant dans l'intérêt des locataires que cette même gauche prétend défendre. Inféodation des verts à la gauche plus radicale oblige!

Alors que l'on se permet de bafouer le texte clair de notre Constitution, notre Conseiller d'Etat nous présente un projet de loi du Conseil d'Etat qui commande l'adaptabilité de l'ensemble du parc immobilier pour les personnes en situation de handicap.

Une véritable épée de Damocles au-dessus de la tête de l'économie immobilière.

Hurlant cette fois au respect cette fois de la Constitution, le texte proposé va bien au-delà de ce que Constitution cantonale et droit supérieur exigent. Le projet de loi met un frein définitif à toute velléité de rénover ou créer des logements. De plus, il implique une hausse massive des loyers des logements neufs, contrôlés ou pas. Un non sens absolu. Sans compter les hausses de loyer de 20% qu'impliquerait tout projet de rénovation ou de création de logements au sein du patrimoine bâti. Pour dissuader tout constructeur immobilier, ce projet est de première. Et la gauche le sait.

'Last but not least': Quel exemple nous donne l'Etat? Alors que les vitrages de tous les immeubles doivent présenter certaines qualités d'isolation thermique, l'Etat n'a pas inscrit une seule ligne au budget pour ses bâtiments depuis 20 ans! Or le coût estimé de mise aux normes pour son patrimoine immobilier dépasserait les 500 millions. Excuse absolutoire avancée par l'Etat: 'Nous n'avons pas les moyens'. Les propriétaires privés, petits ou gros, en prennent bonne note et devrons débourser, quant à eux, plus d'un milliard de francs, sous peine de sévères sanctions. Et cela vient nous donner des leçons?

Le dernier Rapport sur le logement constituait déjà une véritable déclaration de guerre: nationalisation du sol, mise en place d'une économie immobilière entièrement planifiée, etc. Des mesures proposées qui ne vont pas dans l'intérêt des constructeurs et encore moins de celui des locataires (l'éternel jeu politique pervers de la gauche). 

Guerre du logement? L'article paru le 26 mars a néanmoins eu un côté positif dans le sens qu'il confirme l'adage qu'il vaut mieux être confronté à un vrai ennemi plutôt qu'à un faux ami.

 

 

14:27 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

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