Avocat-Député au Grand Conseil

25/04/2016

Le Revenu de Base Inconditionnel (RBI) - Votation fédérale constitutionnelle du 5 juin 2016

Le Revenu de Base Inconditionnel (RBI) pose le problème d'une réforme ou adaptation de notre système de solidarité sociale à une prétendue nouvelle donne.

Les initiants partent du constat (à démontrer) que l'économie de plein-emploi est devenu un leurre et que notre système de solidarité doit, par conséquent, être repensé.

En effet, notre configuration d'aide sociale actuelle vient au secours des 'laissés-pour-compte' à titre complétif, en attendant un retour à l'emploi, qui est considéré comme la règle, ou 'normal'.

Le RBI, quant à lui, est supplétif, il se substitue aux systèmes de solidarité en place et ses adeptes considèrent qu'un non retour à l'emploi, pour certains, fait partie d'un modèle économique qui correspond mieux à notre environnement actuel.

Viennent en appui à cet argumentaire la mondialisation, la robotisation croissante, etc.

Sans rentrer dans le détail de comment financer le RBI, ou des montants qui seraient versés, il est plus intéressant de tenter d'élever le débat pour le placer au niveau des principes.

Reconnaissons tout d'abord qu'avec cette nouvelle 'normalité', ceux exclus du monde du travail cesseront d'être considérés comme des exclus sociaux.

Cela est incontestablement à mettre au bénéfice du RBI.

Son caractère inconditionnel, au sens juridique du terme, en facilite singulièrement l'accès, et évite, selon les pays, toute corruption.

Sa vocation est universelle et en fait bénéficier le riche comme le pauvre (contrairement aux expérimentations de RBI faites notamment en Inde).

Quant au concept, il remonte au XVIème siècle jusqu'à Thomas More (décapité par Henri VIII). Plus récemment, il a été étudié favorablement par divers économistes prestigieux, en particulier de l'Ecole monétariste de Chicago, dont Milton Friedman (prix Nobel), sous la forme d'un 'negative tax', relié à la capacité contributive.

Le RBI est donc en excellente compagnie.

Pourquoi s'y opposer, ou plutôt pourquoi ne pas (encore) le voter:

Le RBI engage un changement sociétal et éthique d'une profondeur abyssale. Sa mise en place et ses conséquences sont infiniment complexes à appréhender:

  • Dans notre société, le travail est identitaire, il 'catégorise' l'individu. La première question que l'on pose lorsque l'on rencontre une personne est 'que fais-tu?'. Le travail donne sa dignité à l'Homme, en termes d'utilité sociale, familiale et individuelle, ce que le versement d'un montant mensuel ne réussira pas à 'suppléer'. Le RBI relativise en moralité la portée de la valeur 'travail'.
  • Nous n'avons pas encore déconstruit la vertu de l'effort, l'idéal du plein-emploi ou de la croissance. (Notons qu'il peut y avoir croissance, sans plein-emploi et plein-emploi, sans croissance et bien évidemment absence de croissance et de plein-emploi).
  • L'idéal du plein-emploi se fonde sur une exigence d'efficacité économique alors que la croissance a comme moteur l'illusion de l'hédonisme radical: Plus tu as, mieux (ou plus) tu es. Il hiérarchise l'avoir sur l'être. Alors on a beau dire qu'il est grand temps que cela cesse, il n'empêche que nos vies s'organisent, en occident, de manière sacrificielle autour de 'l'avoir' ou du 'paraître'.

Le terme 'sacrificiel' a ici toute son importance, car au sens laïque du terme, ce que l'on est prêt à 'sacrifier' détermine le sens que nous donnons à notre existence. Or, aujourd'hui, une grande partie de notre bien le plus précieux, le temps, est sacrifié sur l'autel de la consommation effrénée ou de l'inutile. On sacrifie le sens au 'non-sens' dans une certaine manière. (D'où le sentiment d'absurdité qui nous envahit parfois.)

Ainsi, le RBI présuppose une remise en cause fondamentale de nos croyances, mythes, idéaux et valeurs.

On a entendu récemment, sur le sujet, certains parlementaires fédéraux socialistes tenter de rassurer la population sur l'attachement du PS aux valeurs fondatrices que constituent le travail, le plein-emploi et la croissance.

Cela montre bien que nos esprits ne sont pas encore prêts à envisager d'accepter le RBI dont le modèle et principes méritent cependant d'être pris en compte avec sérieux.

Quand? L'analyse marxienne nous apprend que lorsque les conditions économiques ou 'matérielles' démontreront qu'il convient de changer de paradigme, il sera alors peut-être temps pour la venue d'une 'superstructure nouvelle' et de 'découvrir' les mérites que pourraient représenter un système de type 'RBI'

 

 

 

 

 

 

 

10:26 Publié dans Air du temps | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Le travail donne sa dignité à l'homme.
Ah ?
Autrement dit un chômeur (et il y en a de plus en plus et certains depuis longtemps) est indigne. Un inutile. Eh bien qu'il y reste.
Hélas c'est ce que pense notre société. Que faites vous ? Je suis sans emploi. Ah bon ... on vous rappellera.
Et comme tout le monde est remplaçable, chacun de nous risque de sombrer hors du plein emploi et de se retrouver à l'hospice, là où l'emploi jette ses détritus inutiles et infréquentables.
Et idem pour les retraités qui ont l'insigne bonheur de se retrouver avec une retraite que même un chien n'accepterait pas.
Alors, RBI ou non ? Moi je suis pour. Quelles qu'n soient ses retombées psycho-sociales dont je n'ai rien à foutre.

Écrit par : Lambert | 24/04/2016

Servir le café et de bouche-trou à la frontalière enceinte au sein d'une administration, ou ceux-ci n'ont rien à foutre soit dit en passant, style OCP, et se retrouver exactement au même point une année après, il est vrai que ça permet de retrouver sa dignité. Vous n'êtes pas très positif cher Lambert :-) Un peu comme lorsqu'on passe des tests pour les TPG, que l'on obtient le plus de points de la cession, et que l'on ne se fasse même pas convoqué pour un entretien avec le RH fribourgeois des susmentionnés (mode humour). Alors oui au RBI, qui plus est, cela précipitera ce système immonde d'autant plus vite. Parce que j'ai du mal à imaginer que ceux qui sont nés dans les années 80, ne voient ne serait-ce qu'un centime des contributions qu'ils auront versés à leur caisse de pension, puisque celles-ci auront été réduites à néant par le crash financier qui s'annonce (la Deutsche Bank sera-t-elle la première à imploser ? ), voir même avant, via le taux négatif de la Banque Nationale. Sans même évoquer les nouveaux migrants, qui vont nous coûter une fortune. (80 milliards selon certaines estimations en France par exemple) L'avantage d'être en compte de libre passage, c'est que l'on peut retirer la moitié de son deuxième pour le convertir en lingots d'or. Je me prépare à ma manière...Je n'ai même plus honte d'être à la charge de ce système, c'est vous dire à quel point j'ai du m'assoir sur ma fierté et que celui-ci me donne envie de gerber. En toute amitié, cela s'entend. Rien de personnel.

Écrit par : Laurent Lefort | 24/04/2016

Cher Monsieur,

« ... lorsque les conditions économiques ou 'matérielles' démontreront qu'il convient de changer de paradigme ... »

Euh ... et ca se voit comment quand "ç'est démontré" ?

Écrit par : Chuck Jones | 24/04/2016

Cela est avéré lorsque il sera établi que l'on est confronté à un changement structurel et non pas conjoncturel. Le changement structurel s'étend sur une période moyenne ou longue (cycle de Kondratieff).

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | 24/04/2016

Lorsqu'on se voit refuser un travail parce qu'on n'a pas la bonne couleur, le bon nom, le bon format physique, trop gros, trop vieux, on n'a pas le bon sexe, les bons pistons, alors oui, mieux vaut partir sur de meilleures bases d'autant plus que nous savons tous qu'il y aura de moins en moins de travail pour tous et que ce travail sera redistribué au compte-gouttes en amis de la bande.
Chacun a le droit de vivre décemment sans être dépendant d'un travail qu'on ne lui donnera jamais.
Le RBI permettra un partage plus équitable entre tous.

Écrit par : nojob | 24/04/2016

Cher Monsieur,

- « Cela est avéré lorsque il sera établi que l'on est confronté à un changement structurel et non pas conjoncturel. »

Et comment distingue-t-on que le nombre de sans-emploi augmente à cause de la/des structures et non pas de la conjoncture ?

Est-ce que la fusion entre caisses d'assurances est un changement de structure suffisant ... ou faut-il attendre la faillite de la dernière ou de l'avant dernière caisse et dire au nombre croissant de sans-emploi qui ne sont plus couverts, qu'il leur faut attendre "que le changement soit établi" ?

Encore une petite question ... comment êtes vous arrivé à déterminer cette condition ?

Par exemple, l'esclavagisme a-t-il été aboli pour des raisons de structure et non de conjoncture ? Et si oui, quels changements de structure ?

Écrit par : Chuck Jones | 25/04/2016

Il se peut, en effet, que l'on soit confronté d'ores et déjà à une situation nouvelle. Elle induira, si durable, un changement de mentalités.
Cette 'révolution' de nos références et valeurs pourrait faire qu'un RBI puisse un jour être accueilli favorablement.
Un pronostic?
En l'état, 80% de refus.

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | 25/04/2016

Pour ma part, je trouve que c'est la meilleure mesure libéral et social que l'on ai proposée depuis des années!
La génération de Papa du plein emploi est clairement finie. J'ai moi-meme eu beaucoup de mal dans les années 2000 a trouver un emploi et surtout je sais ce que c'est de courrir après un emploi par nécessité plutot que par vocation. Le RBI permettra de trouver des gens qui iront plus dans un emploi par vocation que par sécurité.
Le pronostique est de 57% contre 40% pour...
A savoir que voter pour ne l'instaure pas. Voter pour engagera une réflextion pour le mettre en place.
Concernant les problèmes de financement, au dela du fait que l'on va fusionner des administrations le restant pourrait etre financé par l'argent des impots non payé par les fraudeurs (ex panama papers) Sachant qu'il y a un marché qui pèse près de 80 000 milliards qui sont très très bien caché, le financer ne serait pas un problème.
A la petite référence sur ce cher Thomas More et sa décapitation par Henri VIII. Il a fait les frais d'une époque particulière ou le remariage d'Henri avec Anne de Boleyn devait faire figure forte de simple fait de son rejet de la religion catholique. Sa romance ne durera pas longtemps mais au détriment de la mort de beaucoup de personnes qui aimait le roi. N'oublions pas ce cher Thomas Cromwel qui n'aura pas reussi également à sauver sa peau...

Écrit par : Plumenoire | 25/04/2016

Cher Monsieur,

« Il se peut, en effet, que l'on soit confronté d'ores et déjà à une situation nouvelle. Elle induira, si durable, un changement de mentalités. »

"Durable" ... avant "d'induire" une volonté politique _populaire_, le "changement de mentalités" peut durer plusieurs siècles ... par exemple lorsqu'il s'agit de sujets touchant à certaines croyances religieuses, comme le culte du dollar, ou le culte du capital, ou le culte du travail comme valeurs de construction de l'économie ( personnes dites "morales") et de l'individu (personnes dites "physiques"), comme le fut le culte de la souffrance il n'y a pas si longtemps.

Sans compter l'interférence des puissances quasi-divines dans le débat démocratique populaire, puissances qui incarnent ces valeurs religieuses et qui ont des moyens infinis, argent et temps, pour inspirer ou intimider le citoyen commun du 21ème siècle.

Écrit par : Chuck Jones | 25/04/2016

"Ainsi, le RBI présuppose une remise en cause fondamentale de nos croyances, mythes, idéaux et valeurs."
C'est là que le bât blesse, comme l'on dit. Il faudrait probablement attendre que le monde de la finance (pour faire court) trouve le moyen de tirer profit de ce système et de mettre en place des mécanismes de ponction en faveur de ses clients pour qu'il ait enfin une chance de se réaliser.

Écrit par : Mère-Grand | 25/04/2016

"Le RBI relativise en moralité la portée de la valeur 'travail' ", écrivez-vous. En effet, et c'est précisément l'une de ses vertus. Les hommes et femmes au foyer travaillent. D'après la une du même numéro de la Tribune, "À l'exception de Joël Dicker, [aucun écrivain] en Suisse romande n'arrive à vivre de sa seule plume" : l'art ne nourrit pas son artiste. À l'aube de l'économie moderne, Calvin écrivait déjà "il y a diverses espèces de travailler, car quiconque aide et porte profit par son industrie à la société… , soit en gouvernant sa famille, soit en administrant affaires publiques et privées, soit en conseillant, soit en enseignant les autres, ou par quelque autre moyen que ce soit, ne doit point être nombré entre les gens oisifs."
Le RBI relativise positivement la valeur morale du travail en reconnaissant l'étendue de sa portée libérée des liens au salaire qui le tiennent prisonnier.

Écrit par : Edouard Dommen | 25/04/2016

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