Avocat-Député au Grand Conseil

10/09/2017

Pagani et Hodgers: Halte à la souffrance et la pénurie de logements!

Comme l'a déclamé le magistrat municipal Pagani en séance plénière du Grand Conseil, alors qu'encore député: 'Des appartements de 5 pièces à CHF 1'000.-/ mois, c'est parfaitement possible'.

On reconnait là tout le sens des réalités économiques de cet élu remarquable.

Mais on lui pardonne volontiers sa cécité, puisqu'il est, par ailleurs, en apparence, de toutes les luttes en faveur de la création de logements.

Tout comme le Conseiller d'État Hodgers dont le département (le DALE) a déposé un texte (PL 12093) visant à remodeler la loi générale sur les zones de développement (LGZD).

Le but avoué du projet de loi est de construire plus de logements pour la classe moyenne (qui n'a par ailleurs pas besoin d'être 'aidée') alors qu'en réalité il s'agit surtout d'augmenter la part proportionnelle des logements sociaux subventionnés (LUP/ HBM), destinés aux économiquement faibles voire très faibles, dans les catégories de logements pouvant être érigés en zone de développement (ZD).

Mis à part le problème en termes de finances publiques que ce texte ne manquera pas de poser, et de manière particulièrement aigüe si les taux d'intérêt devaient se mettre à monter, il intervient directement sur l'équilibre financier que le système actuel a su faire fonctionner au moyen d'une péréquation entre le rentable et le non ou moins rentable.

En résumé, les appartements pouvant être vendus en PPE (prix contrôlés) généraient un bénéfice qui était partiellement alloué au logement social (HBM/LUP), la partie locative HM ou celle dite 'libre' (ZD Loc) étant généralement auto-portante ou bénéficiaire.

(Quant aux initiatives 161 et 162 déposées par la gauche, si votées, institueraient une étatisation quasi-complète du foncier genevois et un déséquilibre financier des opérations immobilières qui ne pourrait être compensé que par un déséquilibre équivalent des finances publiques.)

Mais ces calculs épiciers laissés de côté, il n'est pas nécessaire d'être nietzschéen pour décoder les motivations sous-jacentes de tous les projets de lois déposés par la gauche ou par leur Conseiller d'État vert en matière de logement ou d'aménagement du territoire:

a. Ces projets vont tous dans le sens de encore 'plus d'État'. Et il n'y a malheureusement aucune exception à cette règle.

b. L'autre constante est leur téléologie. Ces textes ne visent en réalité qu'à augmenter l'électorat de gauche au travers de l'instrumentalisation du logement social et plus particulièrement du logement social subventionné. Il s'agit donc de fidéliser notamment les migrants, futurs électeurs et votants, ou les plus démunis au moyen de la politique dite de 'l'arrosoir', avec l'insoutenable pression fiscale qui en résulte.

Il appert ainsi que le problème de la crise du logement ne préoccupe la gauche que de manière médiate, savoir uniquement dans la mesure où les solutions proposées sont de nature à renforcer son pouvoir politique.

Afin de corroborer ce qui précède, quelques exemples concrets:

Le PS, l'Asloca et leurs inconditionnels alliés et 'amis' EAG et Verts ont violemment combattu un des rares projets de loi qui venait réellement en appui de l'accès à la propriété par les classes moyennes, savoir le PL 11408 qui prévoyait qu'un locataire en place pouvait se porter acquéreur de son logement sous certaines conditions. L'une de ces conditions prévoyait que le locataire voie son loyer diminuer après acquisition. Mais un locataire ne vote pas comme un propriétaire ce qui explique la prise de position de la gauche et des verts, malgré le fait que cette loi votée par le Grand Conseil allait dans le sens de l'intérêt des locataires. Il est rappelé que Genève compte 85% de locataires!

La gauche et les verts ont également combattu la loi, modifiant la LDTR, qui autorise la conversion de bureaux en logements, plébiscitée en référendum par 58% des voix exprimées! Cela était d'autant moins compréhensible dans la mesure où il y avait pléthore de bureaux vacants et pénurie de logements.

Finalement, la loi modifiant la LCI, également votée par une large majorité du Grand Conseil, qui va dans le sens de la création de logements à loyers raisonnables et qui oblige le propriétaire uniquement à annoncer la conversion d'un bureau en logement au DALE est également combattue par le Conseiller d'État Hodgers qui infantilise les propriétaires en partant de l'idée qu'ils pourraient ne pas être informés de la législation régissant la création de parkings ou les normes incendie. Cette prise de position est particulièrement incompréhensible dans un système juridique qui repose sur le principe intangible que 'nul n'est censé ignorer la loi'. Il s'agit plutôt d'une mise en oeuvre de la responsabilité éventuelle du propriétaire convertisseur. D'où l'obligation d'annonce.

Alors pourquoi tant de hargne?

Et pourquoi le très inflexible marxiste Pagani est-il aller déposer un recours bancal par devant la Chambre constitutionnelle de la Cour de Justice concluant à l'annulation de la loi modifiant la LCI, permettant la création immédiate de logements, au nom et aux frais de la Ville de Genève?

La réponse est de nature politique.

La gauche, le Conseiller d'État vert et le maire Pagani ne sauraient tolérer une création de logements supplémentaire en zone ordinaire, quelque soit le niveau des loyers pratiqués.

La défense de leurs intérêts électoraux passe nécessairement par une monoculture en zone de développement.

Et tant pis pour le potentiel de plus de 10'000 logements pouvant être quasi immédiatement crées à partir de bureaux en zone urbaine et suburbaine genevoise, à tous niveaux de loyers. Cette manne de logements additionnelle, occupés par des locataires moins captifs, leur est intolérable.

Pour conclure, si le promoteur immobilier affiche clairement sa préoccupation pour la rentabilité de son investissement, la gauche avance, quant à elle, à visage masqué.

Elle fait état de la souffrance des genevois et de la nécessité pour les classes moyennes de pouvoir sortir de la crise du logement dans le discours, mais en réalité, ses larmes de crocodile servent à dissimuler des desseins plus souterrains. En effet, il apparaît clairement que le logement social est instrumentalisé et mis au service de ses ambitions politiques.

Cette grille de lecture permet de décoder la prise de position de la gauche et de leurs magistrats sur des textes législatifs qui allaient pourtant manifestement dans le sens de l'intérêt des locataires et de la création immédiate de logements.

Comme l'a brillamment analysé l'un des meilleurs économistes contemporains: 'En période de pénurie de logements, l'intervention étatique (contrôle des prix et des loyers) produit toujours les mêmes effets: une dégradation de l'état des finances publiques et une aggravation de la pénurie'.

Genève en est la preuve flagrante depuis des décennies.

 

 

 

 

 

 

 

 

19:10 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |